Droit Immobilier

Charges de copropriété impayées : recours du syndic et du copropriétaire à Bordeaux

9 mars 2026
12 min de lecture
Maître Pierre PRIVAT

Les impayés de charges en copropriété sont un fléau silencieux : à Bordeaux, plus de 15 % des copropriétés présentent un taux d'impayés supérieur à 10 % du budget prévisionnel. Conséquence directe — les copropriétaires à jour voient leurs charges augmenter pour compenser. Syndic, copropriétaires lésés, débiteurs : voici les droits et les recours de chacun, expliqués par Maître Pierre PRIVAT, avocat en droit de la copropriété à Bordeaux.

5 ans

Délai de prescription des charges (art. 2224 C.civ.)

10 %

Intérêts légaux en cas de retard de paiement

2 mois

Délai pour contester une décision d'AG

Art. 19-2

Provision en référé — procédure d'urgence clé

1. Quelles charges peut-on réclamer ?

Avant d'engager tout recours, il est indispensable de bien qualifier les sommes réclamées. En copropriété, toutes les créances ne se recouvrent pas avec les mêmes outils ni dans les mêmes délais.

Nature de la créanceBase légaleProcédure applicablePrescription
Charges courantes (budget prévisionnel)Art. 14-1 loi 1965Injonction de payer / Art. 19-25 ans
Provisions pour travaux (art. 14-2)Art. 14-2 loi 1965Injonction de payer / Art. 19-25 ans
Cotisation fonds de travaux (loi ALUR)Art. 14-2-1 loi 1965Injonction de payer5 ans
Appels de fonds exceptionnels votés en AGArt. 10 loi 1965Art. 19-2 / assignation5 ans
Frais de procédure et honoraires avocatArt. 10-1 loi 1965Dans le même recours5 ans
Dommages-intérêts pour préjudice subiArt. 1240 C.civ.Assignation au fond5 ans

Important : l'article 10-1 de la loi de 1965

Cet article permet au syndicat de mettre à la charge du copropriétaire défaillant les frais entraînés par son défaut de paiement — honoraires d'avocat, frais d'huissier, frais de procédure — même si la décision de justice ne le précise pas expressément. C'est une disposition très favorable au syndicat.

2. Conséquences immédiates des impayés pour la copropriété

Les impayés ne pénalisent pas seulement le syndicat dans son ensemble — ils ont des répercussions concrètes et immédiates sur tous les copropriétaires à jour et sur la valorisation du patrimoine immobilier.

Hausse des charges pour les autres copropriétaires

Le budget prévisionnel étant voté globalement, le déficit créé par les impayés est compensé par un appel de fonds complémentaire aux copropriétaires solvables. À Bordeaux, dans une copropriété de 30 lots avec un impayé de 15 000 €, chaque copropriétaire supporte en moyenne 500 € supplémentaires.

Blocage ou retard des travaux nécessaires

Un niveau d'impayés élevé peut contraindre le syndicat à reporter des travaux d'entretien ou de mise aux normes, pouvant entraîner des risques pour la sécurité des occupants et une dégradation accélérée de l'immeuble.

Dévalorisation du patrimoine collectif

Un immeuble présentant un taux d'impayés élevé est moins bien noté lors des transactions immobilières. L'état daté transmis lors de chaque vente mentionne le niveau des impayés — ce qui peut décourager des acquéreurs potentiels et faire baisser les prix.

Difficultés à obtenir un crédit collectif

Le syndicat peut avoir besoin d'un emprunt collectif (éco-PTZ copropriété) pour financer des travaux de rénovation énergétique. Un taux d'impayés élevé peut compromettre l'obtention de ce financement ou en augmenter le coût.

3. Les recours du syndic : de la mise en demeure à la saisie

Le syndic dispose d'un arsenal juridique progressif pour recouvrer les charges impayées. En pratique, plus de 80 % des dossiers se règlent avant d'atteindre la saisie immobilière.

1

Relance amiable et mise en demeure

AmiableJ+0 à J+30

Le syndic adresse d'abord un courrier de relance (souvent automatique) puis, sans réponse, une mise en demeure par LRAR précisant le montant dû, les bases légales et un délai de paiement de 8 à 15 jours. Cette étape est la condition préalable à toute procédure judiciaire.

Dans les petites copropriétés bordelaises sans syndic professionnel, le syndic bénévole doit également suivre cette procédure — l'absence de mise en demeure préalable peut faire échouer la procédure judiciaire.

2

Injonction de payer (créances < 10 000 €)

Judiciaire rapideJ+30 à J+90

Pour les créances inférieures à 10 000 €, le syndic peut saisir le greffe du tribunal judiciaire d'une requête en injonction de payer. Le juge statue sans audience, sans la présence du débiteur. Si l'ordonnance est rendue, elle est signifiée au débiteur qui dispose de 30 jours pour contester.

3

Provision en référé — article 19-2 (voir section 4)

Référé d'urgenceJ+30 à J+60

Procédure d'urgence permettant d'obtenir une provision sur les charges impayées sans attendre un jugement au fond. Particulièrement adaptée aux sommes élevées ou aux copropriétaires récidivistes. (Détaillée en section 4.)

4

Saisie des revenus locatifs (si le lot est loué)

SaisieDès titre exécutoire

Après obtention d'un titre exécutoire (jugement ou ordonnance), l'huissier peut saisir les loyers perçus par le copropriétaire débiteur directement auprès de son locataire. Très efficace lorsque le lot est mis en location.

5

Saisie immobilière du lot

Saisie lourdeEn dernier recours

La saisie immobilière est la procédure la plus lourde — elle aboutit à la vente forcée du lot aux enchères. Coûteuse et longue (12 à 24 mois), elle n'est engagée que lorsque les autres procédures ont échoué et que la créance le justifie économiquement.

À Bordeaux, la vente forcée d'un lot en copropriété se déroule devant le tribunal judiciaire. Le syndicat bénéficie d'un rang privilégié dans la distribution du prix de vente.

4. L'article 19-2 : la provision en référé, arme principale

Introduit par la loi ALUR de 2014, l'article 19-2 de la loi du 10 juillet 1965 est aujourd'hui l'outil de recouvrement le plus efficace pour les syndicats de copropriété. Il permet d'obtenir en quelques semaines une décision exécutoire, sans attendre un procès au fond pouvant durer plusieurs années.

Article 19-2 de la loi du 10 juillet 1965

« À défaut du versement à sa date d'exigibilité d'une provision prévue à l'article 14-1 ou au I de l'article 14-2, et après mise en demeure restée infructueuse passé un délai de trente jours, le président du tribunal judiciaire statuant comme en matière de référé peut condamner le copropriétaire défaillant au versement de cette provision. »

Conditions requises

  • Provision votée en AG (budget prévisionnel ou travaux)
  • Date d'exigibilité échue
  • Mise en demeure LRAR restée sans effet 30 jours
  • Représentation par avocat recommandée

Avantages de la procédure

  • Décision en 4 à 8 semaines
  • Exécutoire provisoirement de droit
  • Frais de procédure à la charge du débiteur (art. 10-1)
  • Possibilité de demander la suspension du droit de vote en AG

Limites à connaître

  • Ne porte que sur les provisions — pas sur l'arrêté de compte définitif
  • Le débiteur peut contester dans les 30 jours
  • N'empêche pas une procédure au fond complémentaire
  • Nécessite un titre exécutoire pour l'exécution forcée

Exemple chiffré — Copropriété bordelaise, rue Judaïque, 2025

Un copropriétaire d'un appartement de 3 pièces en centre Bordeaux avait accumulé 7 800 € de charges impayées sur 18 mois (budget prévisionnel + appel de fonds travaux). Après mise en demeure infructueuse, le syndicat a saisi le juge sur le fondement de l'article 19-2. L'ordonnance a été rendue en 5 semaines, condamnant le copropriétaire à payer 7 800 € de provisions + 1 400 € de frais de procédure (art. 10-1). La saisie sur loyers a permis un recouvrement complet en 3 mois.

5. Le privilège spécial immobilier du syndicat

L'article 19 de la loi de 1965 confère au syndicat de copropriétaires un double privilège immobilier sur le lot du copropriétaire défaillant. C'est une garantie puissante qui prime sur la plupart des autres créanciers.

Privilège spécial (1er rang)

Porte sur les 2 dernières années de charges (exercice en cours + exercice précédent). Ce privilège prime sur l'hypothèque du prêteur immobilier — même la banque qui a financé l'acquisition passe après le syndicat pour ces 2 années.

Art. 19, alinéa 1 loi 1965

Hypothèque légale (2e rang)

Au-delà des 2 années de privilège spécial, le syndicat bénéficie d'une hypothèque légale sur le lot pour l'ensemble des créances. Elle prend rang à compter de son inscription à la conservation des hypothèques — ce qui nécessite l'intervention d'un avocat ou d'un notaire.

Art. 19, alinéa 2 loi 1965

6. La vente du lot et les charges impayées

La vente d'un lot en copropriété oblige le notaire à informer le syndic et à obtenir un état daté des charges. Ce document est une photographie à un instant T de la situation financière du copropriétaire vendeur vis-à-vis du syndicat.

Signature d'un acte de vente avec état daté de copropriété à Bordeaux

L'état daté : obligatoire et payant

Le notaire est tenu de le demander au syndic. Ce document liste toutes les sommes dues par le vendeur au syndicat (charges courantes, travaux, fonds de réserve, etc.). Son coût (plafonné à 380 € TTC par décret) est à la charge du vendeur.

Prélèvement automatique sur le prix de vente

Si des charges sont impayées, le notaire est tenu de prélever sur le prix de vente les sommes dues au syndicat avant de les remettre au vendeur. Le vendeur ne peut pas percevoir un solde vendeur tant que les charges ne sont pas apurées.

Solidarité de l'acquéreur pour les charges courantes

L'acquéreur peut être tenu solidairement avec le vendeur du paiement des charges de l'exercice en cours et de l'exercice précédent. C'est pourquoi il est impératif de vérifier l'état daté avant la signature définitive.

Notification obligatoire de la vente au syndic

Dès la signature de l'acte authentique, le notaire notifie la mutation au syndic par LRAR ou par voie électronique. Cette notification déclenche le transfert des droits et obligations du vendeur à l'acquéreur.

7. Ce que peut faire le copropriétaire débiteur

Un copropriétaire qui ne peut pas payer ses charges n'est pas sans recours. Plusieurs solutions permettent d'éviter l'escalade judiciaire et ses coûts.

Négocier un échéancier amiable avec le syndic

C'est la solution la plus simple : proposer au syndic un plan de remboursement échelonné. Si le syndic et le conseil syndical acceptent, un accord écrit suspend les poursuites. La majorité des syndics professionnels préfèrent cette solution à une longue procédure judiciaire.

Contester les charges en AG dans les 2 mois

Si un copropriétaire estime que certaines charges sont abusives ou illégalement réparties, il peut contester la décision de l'AG dans les 2 mois suivant la notification du PV (art. 42 loi 1965). Attention : la contestation ne suspend pas l'obligation de payer.

Solliciter des aides financières

L'ANAH (Agence Nationale pour l'Amélioration de l'Habitat) peut accorder des aides pour le paiement de charges liées à des travaux de rénovation. Les ADIL (Agences Départementales d'Information sur le Logement) orientent également vers des aides locales disponibles en Gironde.

Procédure de surendettement

En cas de difficultés financières graves, le copropriétaire peut saisir la commission de surendettement de la Banque de France (Gironde). Une mesure de suspension des poursuites peut être prononcée, protégeant temporairement le copropriétaire contre la saisie immobilière.

8. Quand le syndic n'agit pas : recours des copropriétaires

Un syndic qui laisse s'accumuler les impayés sans agir manque à ses obligations légales et expose le syndicat à un préjudice collectif. Les copropriétaires à jour disposent de plusieurs leviers pour le forcer à agir — ou agir à sa place.

1
Étape 1

Mettre le syndic en demeure d'agir par LRAR

Tout copropriétaire peut adresser au syndic une mise en demeure d'engager les poursuites contre le débiteur dans un délai défini. Cette démarche crée une trace écrite et engage la responsabilité du syndic en cas d'inaction persistante.

2
Étape 2

Voter en AG l'autorisation pour le syndic d'ester en justice

En assemblée générale, les copropriétaires peuvent voter une résolution autorisant expressément le syndic à engager une procédure judiciaire contre le débiteur et à y affecter un budget. Cette autorisation peut lui ôter toute excuse d'inaction.

3
Étape 3

Action directe du syndicat hors syndic

Si le syndic reste inactif malgré les mises en demeure et les votes, le conseil syndical peut mandater directement un avocat pour agir au nom du syndicat, dans les conditions prévues par l'article 55 du décret de 1967. Cette option est exceptionnelle mais légalement possible.

4
En dernier recours

Engager la responsabilité du syndic défaillant

Le syndic qui n'a pas agi en recouvrement et dont la carence a causé un préjudice au syndicat peut voir sa responsabilité civile professionnelle engagée. Les copropriétaires peuvent voter en AG sa révocation et le changement de syndic.

Le mot de Maître PRIVAT

À Bordeaux, j'interviens régulièrement dans des copropriétés où un ou deux copropriétaires accumulent des impayés depuis plusieurs exercices sans que le syndic ait engagé la moindre procédure. Dans la grande majorité des cas, une mise en demeure bien rédigée suivie d'une procédure article 19-2 suffit à débloquer la situation en moins de 3 mois. Attendre aggrave toujours la situation — la prescription de 5 ans peut faire perdre des années d'arriérés. Agissez dès la première année d'impayés.

9. Questions fréquentes

Conclusion

Les charges de copropriété impayées à Bordeaux nécessitent une réaction rapide et structurée. La loi offre au syndicat des outils puissants — notamment l'article 19-2 et le privilège spécial — qui permettent dans la grande majorité des cas d'obtenir le recouvrement des sommes dues sans aller jusqu'à la saisie immobilière.

Que vous soyez syndic, copropriétaire lésé par les impayés d'un voisin, ou copropriétaire en difficulté financière, Maître Pierre PRIVAT vous accompagne avec une stratégie adaptée à votre situation pour défendre vos intérêts en droit de la copropriété à Bordeaux.

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