Vices cachés immobiliers : quels recours pour l'acquéreur ?
Droit Immobilier

Vices cachés immobiliers : quels recours pour l'acquéreur ?

15 janvier 2026
8 min de lecture

Après vente d'un bien immobilier, l'acquéreur qui prouver la existence d'un vice caché (ou de vices cachés) peut activer la garantie des vices cachés prévue par les articles 1641 et suivants du code civil : recours contre le vendeur, demander une réparation, obtenir une réduction de prix ou la résolution de la vente avec dommages et intérêts.

Le délai est de deux ans à compter de la découverte du vice.

Qu'est‑ce qu'un vice caché immobilier ?

Un vice caché (ou des vices cachés) est un défaut grave, non apparent lors des visites, qui rend un logement impropre à l'usage ou impropre à l'usage auquel on le destine, ou en diminue fortement l'intérêt pour l'acquéreur.

L'article 1641 du code civil consacre la garantie des vices cachés : quand la chose vendue était viciée au moment de la vente, l'acquéreur dispose de recours contre le vendeur pour obtenir une réparation, une baisse de prix ou l'anéantissement de l'acte de vente.

Inspection d'un vice caché immobilier
Article 1641 Code Civil

Définition légale et conditions (code civil)

Est‑ce qu'un vice caché suppose des conditions spécifiques ? Oui :

Défauts cachés et non apparents

Le vice doit être non apparent pour un acquéreur normalement attentif au jour de la vente (les vices apparents ne sont pas couverts).

Antériorité

Le vice doit avoir été présent ou en germe au moment de la vente (il peut se révéler plus tard, après la découverte du vice).

Gravité

Le vice doit rendre le bien impropre à l'usage ou impropre à l'usage que l'acheteur entendait en faire, ou justifier un moindre prix.

Lien causal

On doit prouver l'existence du vice et sa portée (exemples : eau infiltrée, fondations fragilisées, réseaux défectueux).

À noter : L'acquéreur ne peut pas agir pour un défaut apparent ou connu. Toutefois, un acquéreur peut agir sur le fondement de la garantie des vices cachés, pour un vice apparent lorsque lors de l'achat, le vice n'était pas connu dans toute son ampleur ou ses conséquences.

Exemples concrets (immobilier)

Exemple d'atteintes fréquentes :

Infiltrations d'eau
Infiltrations d'eau par toiture/façade
Fondations fragilisées
Fondations fragilisées (fissures)
Planchers affaissés
Planchers affaissés, poutres altérées
Réseaux défectueux
Réseaux gaz/électricité anciens
Infestation xylophages
Infestation xylophages
Défauts d'étanchéité
Défauts d'étanchéité

Prouver l'existence du vice caché

Pour prouver l'existence et l'antériorité du vice caché, il faut apporter des preuves suffisantes : photos, rapports techniques, expertise amiable ou judiciaire, contrats, diagnostics.

Experts

Recourir à des experts bâtiment indépendants fiabilise l'analyse (cause, étendue, réparation et prix).

Expertise judiciaire

Le tribunal peut ordonner une mesure d'instruction afin de prouver l'existence du vice (référé, mission d'expertise judiciaire).

Mise en demeure

Écrivez au vendeur en recommandé avec accusé de réception pour démontrer l'existence du vice.

Recours contre le vendeur : quelles voies activer ?

La garantie des vices cachés (et plus largement la garantie des vices cachés) offre plusieurs recours contre le vendeur :

Réduction de prix (action estimatoire)

L'acquéreur peut demander une baisse du prix correspondant à la réparation. On peut obtenir une partie du prix ou une prise en charge.

Annulation de la vente (action rédhibitoire)

Si le vice caché rend le bien impropre à l'usage, l'acte de vente peut être anéanti : restitution des sommes, restitution de la chose.

Dommages et intérêts

Lorsque le vendeur avait connaissance du vice ou est vendeur professionnel, l'acquéreur peut demander des dommages et intérêts.

Transaction

Une solution amiable peut intervenir (contre‑propositions, engagement de réparation, baisse de prix) et mettre fin au litige.

Important : Le vendeur professionnel est plus strictement tenu : il dispose d'obligations d'information renforcées et connaît les risques de dommages et intérêts.

Délais pour agir

2

Ans (biennal)

À compter de la découverte du vice (art. 1648)

Alertez vite

Formalisez vos griefs et saisissez le tribunal si la discussion échoue

Conservation

La situation procédurale dépendra des conditions et de la preuve

Procédure pratique et lettres utiles

1

Conserver/centraliser les preuves

Photos, exemple de devis, rapports d'experts, expertise amiable.

2

Écrire au vendeur

En recommandée avec accusé de réception, contre le vendeur, en demander une réparation, une baisse de prix ou une annulation, sous court délai.

3

Engager une action

Si l'issue est négative, engager une expertise judiciaire et/ou une action au tribunal pour obtenir une réparation, une réduction de prix, l'annulation et des dommages et intérêts.

Professionnels : être accompagné par un avocat immobilier et des experts permet d'améliorer la stratégie.

FAQ - Questions fréquentes

Non. Par définition, un vice caché n'est pas détectable lors des visites ni au moment de la vente ; les apparents sont exclus de la garantie.

Il doit le rendre impropre ou justifier une forte baisse de prix selon l'usage auquel on le destine et l'usage que l'acheteur attendait.

Par expertise, experts, rapports, diagnostics, constats, devis. Si besoin, judiciaire via le tribunal.

La garantie des vices cachés permet d'obtenir une réduction de prix, une réparation, l'annulation de l'acte de vente et des dommages et intérêts.

Elle est inapplicable lorsque le vendeur est un professionnel de la construction ou s'il avait connaissance du vice caché ; elle ne couvre pas la mauvaise foi.

Des infiltrations d'eau récurrentes, antérieures et non apparentes, impropre à l'usage de l'habitation : cela caractérise souvent un vice caché.

Indiquez la existence et la découverte du vice, vos recours (réduction de prix, réparation, annulation) et joignez vos exemples de preuves, en recommandée avec accusé de réception.

Modèle court de mise en demeure (prêt à adapter)

Madame, Monsieur,

Je vous adresse la présente en votre qualité de vendeur du bien immobilier situé [adresse du bien], que j'ai acquis de votre part selon acte authentique reçu par Me [Nom du notaire], le [date de la vente].

Depuis mon entrée dans les lieux, j'ai été confronté à d'importants désordres, totalement non apparents lors des visites, et révélés dans les semaines ayant suivi la vente. Leur nature, leur ampleur et leur origine caractérisent pleinement un vice caché au sens de l'article 1641 du Code civil.

Les désordres suivants ont été identifiés :

[Décrire les désordres précis]

[Préciser les dates, circonstances et conséquences]

Une expertise / inspection, réalisée le [date] par [nom de l'expert / technicien], relève notamment les éléments suivants :

[Synthèse des conclusions de l'expert]

Ces éléments démontrent que :

  • le défaut était antérieur à la vente,
  • il était invisible lors de mes visites,
  • il rend le bien impropre à l'usage auquel il est destiné, ou en diminue fortement l'usage,
  • et il ne pouvait être décelé par un acquéreur non professionnel.

Ces critères correspondent strictement à la définition du vice caché donnée par l'article 1641 du Code civil.

Aux termes de l'article 1641 du Code civil :

« Le vendeur est tenu de la garantie à raison des défauts cachés de la chose vendue qui la rendent impropre à l'usage auquel on la destine, ou qui diminuent tellement cet usage que l'acheteur ne l'aurait pas acquise, ou n'en aurait donné qu'un moindre prix, s'il les avait connus. »

Et l'article 1645 précise :

« Si le vendeur connaissait les vices de la chose, il est tenu de tous les dommages et intérêts envers l'acheteur. »

Vous devez donc répondre des conséquences de ce vice affectant le bien.

En conséquence, je vous mets formellement en demeure, dans un délai de [8/10/15 jours] à compter de la réception de la présente, de prendre position et de m'indiquer la solution que vous entendez retenir parmi les options suivantes :

Option 1 — Réduction du prix (action estimatoire)

Prise en charge intégrale des travaux nécessaires, conformément au devis établi par [professionnel], pour un montant estimé de [€].

Option 2 — Résolution de la vente (action rédhibitoire)

Restitution du prix de vente et des frais annexes, avec remise du bien dans son état actuel.

À défaut de réponse dans le délai imparti, je me verrai dans l'obligation d'engager une procédure devant le Tribunal judiciaire territorialement compétent, incluant une demande d'expertise judiciaire, ainsi que la sollicitation de dommages et intérêts, conformément à l'article 1645 du Code civil.

Pièces justificatives :

  • Acte de vente du [date]
  • Rapport / pré-rapport du [date]
  • Photographies des désordres
  • Devis de réparation
  • Echanges antérieurs

[Signature]

Conseil de votre avocat :

En cas de vice caché immobilier, les enjeux peuvent être importants : travaux, perte de valeur, difficultés d'usage du logement. Le modèle proposé vous aide à structurer votre démarche, mais chaque situation est unique.

Avant d'envoyer une mise en demeure ou de lancer une procédure, il est recommandé de consulter un avocat en droit immobilier. Cela permet de vérifier que le défaut remplit bien les critères du vice caché, de réunir les bonnes preuves et d'adopter la stratégie la plus efficace pour défendre vos droits.

Une bonne préparation dès le début est essentielle pour obtenir réparation, une réduction du prix ou, si nécessaire, l'annulation de la vente.

Conseils pratiques (immobilier)

Multipliez les visites

Vérifiez la présence d'indices ; documentez ce qui aurait été apparent.

Bâti ancien

Surveillez fondations, structure, réseaux, eau, ventilation.

Faites-vous accompagner

Un professionnel (avocat immobilier, experts) dispose des méthodes et des garanties procédurales.

Lexique utile à la lecture

vice / vices

défaut(s) grave(s) impropre/impropre à l'usage.

vice cache / vices caches

défauts non apparents au moment de la vente.

garantie des vices cachés

fondement légal pour agir contre le vendeur.

recours

obtenir baisse de prix, réparation, annulation, dommages et intérêts.

expertise / judiciaire

outils pour prouver l'existence.

recommandée avec AR

à utiliser pour sécuriser la preuve.

Maître Pierre PRIVAT

Maître Pierre PRIVAT

Avocat expert en droit immobilier et droit de la construction à Bordeaux. Expérience dans la défense des acquéreurs et propriétaires.

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