Droit Construction

Malfaçons artisan à Bordeaux : comment contraindre l'artisan à réparer ?

24 mars 2026
11 min de lecture
Maître Pierre PRIVAT

Carreleur qui laisse des joints éclatés, plombier dont les soudures fuient, électricien aux normes bâclées, peintre qui applique une couche insuffisante… Les malfaçons artisan sont l'une des sources de litiges les plus fréquentes à Bordeaux et en Gironde. La question que tout maître d'ouvrage se pose alors est toujours la même : comment le forcer légalement à revenir réparer ? Maître Pierre PRIVAT vous explique les leviers juridiques dont vous disposez — de la mise en demeure au référé judiciaire.

1 an

Garantie de parfait achèvement : délai pour signaler tout désordre après réception

2 ans

Garantie biennale : équipements dissociables (chaudière, volets, robinetterie)

10 ans

Garantie décennale : désordres affectant la solidité ou l'habitabilité

15 jours

Délai à accorder à l'artisan dans la mise en demeure avant saisine du tribunal

1. Malfaçons artisan vs. garanties CCMI/VEFA : une distinction fondamentale

Beaucoup de propriétaires confondent les recours selon la nature du contrat qui les lie à leur constructeur. Il faut distinguer deux grandes situations :

Artisan classique (marché de travaux)

Plombier, électricien, carreleur, peintre, maçon… vous avez signé un devis/bon de commande directement avec le professionnel. Ce contrat est un marché de travaux privé. C'est ce cas que traite cet article.

  • Garantie de parfait achèvement (1 an)
  • Garantie biennale (2 ans)
  • Garantie décennale (10 ans)
  • Responsabilité contractuelle (5 ans)

Constructeur CCMI / Promoteur VEFA

Vous avez signé un contrat de construction de maison individuelle (CCMI) ou un contrat de réservation VEFA. Les recours sont différents et font l'objet d'articles dédiés sur ce blog.

2. Les trois garanties légales applicables aux artisans

Avant de mettre en demeure votre artisan, encore faut-il savoir sur quel fondement juridique vous agissez. Trois garanties légales coexistent, avec des délais et des champs d'application différents.

Garantie de parfait achèvement (GPA) — 1 an

Art. 1792-6 C.civ.

C'est la garantie la plus large et la plus utile. Elle oblige l'artisan à réparer tous les désordres signalés lors de la réception des travaux ou dans l'année qui suit — quelle que soit leur gravité ou leur nature. Fissure dans le carrelage, infiltration, disjoncteur mal câblé, fenêtre qui ferme mal : tout est couvert.

Comment l'activer : Elle s'active par LRAR notifiant les désordres. L'artisan doit intervenir dans un délai convenu ou, à défaut, dans un délai raisonnable. En cas de refus ou silence, saisine du tribunal.

À savoir : Attention : la GPA ne s'applique qu'aux travaux ayant fait l'objet d'une réception formelle (PV signé ou réception tacite). Si vous n'avez jamais signé de PV, la situation est différente.

Garantie biennale — 2 ans

Art. 1792-3 C.civ.

Elle couvre les éléments d'équipement dissociables de la construction : volets, robinetterie, chaudière, revêtements de sol amovibles, huisseries non porteuses, appareils électroménagers encastrés. Un disfonctionnement d'un équipement installé par l'artisan peut engager sa responsabilité pendant 2 ans.

Comment l'activer : Même procédure que la GPA : LRAR, délai de réponse, puis saisine judiciaire si nécessaire.

À savoir : Ne s'applique pas aux désordres affectant la solidité de l'équipement ou de l'ouvrage auquel il est incorporé — qui relèvent alors de la décennale.

Garantie décennale — 10 ans

Art. 1792 C.civ.

Elle couvre les désordres les plus graves : ceux qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination. Infiltrations par la toiture refaite, fissures structurelles après réfection d'un mur porteur, défaut d'étanchéité grave. L'artisan et son assureur sont solidairement responsables pendant 10 ans.

Comment l'activer : L'artisan est tenu de souscrire une assurance décennale obligatoire. En cas de sinistre, son assureur peut être directement assigné. Si l'artisan n'est pas assuré, action personnelle contre lui.

À savoir : La décennale présume la responsabilité de l'artisan : c'est à lui de prouver qu'il n'est pas responsable (cause étrangère, faute du maître d'ouvrage…).

3. Malfaçons les plus fréquentes par corps de métier

Chaque corps de métier génère ses propres pathologies. Voici les situations que nous rencontrons le plus souvent au cabinet à Bordeaux et en Gironde.

Plomberie

  • Fuites aux soudures et raccords
  • Pression insuffisante ou irrégulière
  • Mauvais raccordement évacuations
  • Chauffe-eau mal dimensionné
  • Condensation sur canalisations non isolées

GPA (1 an) + Décennale si infiltration grave

Carrelage & revêtements

  • Joints éclatés ou absents
  • Carreaux décollés ou fissurés
  • Mauvais aplomb / niveau
  • Joints de dilatation absents
  • Teintes non conformes au devis

GPA (1 an) + Biennale si dissociable

Électricité

  • Non-conformité norme NF C 15-100
  • Disjoncteurs mal dimensionnés
  • Prises non mises à la terre
  • Tableaux électriques défectueux
  • Absence de liaison équipotentielle en salle de bain

GPA (1 an) + Décennale si atteinte à la solidité

Peinture & enduits

  • Cloquage ou décollement prématuré
  • Couche d'impression absente
  • Défauts d'aplomb visibles
  • Couleur non conforme
  • Finitions mal exécutées (encadrements, plinthes)

GPA (1 an) — Biennale si enduit dissociable

Maçonnerie

  • Fissures sur enduits ou parpaings
  • Défaut d'alignement des murs
  • Linteaux mal posés
  • Humidité par défaut d'étanchéité
  • Béton sous-dosé

GPA + Décennale selon gravité

Menuiserie & charpente

  • Fenêtres mal d'équerre, infiltrations
  • Volets qui ne ferment pas
  • Parquet qui grince ou se soulève
  • Charpente fléchissante ou mal assemblée
  • Pont thermique par mauvaise pose

GPA + Biennale (équipements) + Décennale (charpente)

4. La procédure pas à pas pour contraindre l'artisan

1

Documenter les malfaçons avant tout

Photos, vidéos, relevés de mesures : constituez un dossier photographique daté et horodaté dès la découverte des défauts. Si possible, faites constater les désordres par un huissier de justice (constat d'huissier). Cette preuve est quasi inattaquable devant le tribunal. Vous pouvez également mandater un expert privé.

2

Ne pas payer le solde restant dû

Si les travaux ne sont pas terminés ou présentent des malfaçons apparentes, ne signez pas le procès-verbal de réception et ne versez pas le solde. Le paiement intégral sans réserve peut être interprété comme une acceptation tacite des travaux en leur état.

Si vous avez déjà payé en totalité, il n'est pas trop tard — vos garanties légales restent intactes, mais votre levier de négociation est réduit.

3

Mettre en demeure l'artisan par LRAR

Envoyez une lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) à l'artisan décrivant précisément les malfaçons constatées, leur localisation, et lui accordant 15 jours pour proposer une date d'intervention. Mentionnez explicitement les garanties légales invoquées (parfait achèvement, décennale…).

4

Faire établir un devis contradictoire par un autre professionnel

Mandatez un second artisan — ou un expert bâtiment — pour établir un devis de reprise des travaux défectueux. Ce document objectivera le préjudice financier subi et constituera une pièce essentielle de votre dossier judiciaire.

5

Saisir le tribunal judiciaire en référé

Si l'artisan ne s'exécute toujours pas malgré l'ordonnance, le tribunal peut vous autoriser à faire réaliser les travaux de reprise par une autre entreprise, aux frais et risques de l'artisan défaillant. Le coût est avancé par vous puis remboursé sur condamnation.

5. Comment rédiger une mise en demeure efficace ?

La mise en demeure est l'acte fondateur de tout recours judiciaire. Elle formalise votre réclamation, fixe un délai, et constitue la preuve que vous avez tenté une résolution amiable avant de saisir le tribunal. Voici les mentions indispensables.

Les 8 mentions obligatoires de la mise en demeure

1

Vos coordonnées complètes et celles de l'artisan (SIREN, adresse professionnelle)

2

La date et l'objet précis : "Mise en demeure — Malfaçons travaux [type de travaux] — Devis n°XXX"

3

La description détaillée de chaque désordre constaté, avec localisation précise

4

La référence aux garanties légales invoquées (GPA art. 1792-6, décennale art. 1792…)

5

La copie du devis/contrat signé et du PV de réception (ou de la réception tacite)

6

Un délai précis d'intervention : "sous 15 jours à compter de la présente"

7

La sanction en cas d'absence de réponse : "saisine du TJ de Bordeaux en référé"

8

L'envoi en LRAR (lettre recommandée avec accusé de réception) — indispensable pour preuve

6. Artisan non assuré ou en liquidation judiciaire : que faire ?

Artisan sans assurance décennale

  • L'absence d'assurance est un délit pénal (art. L. 243-3 C.assur.) punissable de 6 mois d'emprisonnement et 75 000 € d'amende
  • Vous pouvez saisir le FGAO (Fonds de Garantie) dans certains cas pour préfinancer les réparations
  • Action en responsabilité personnelle contre l'artisan, son patrimoine propre est engagé
  • Si vous avez souscrit une assurance dommages-ouvrage (DO), celle-ci peut couvrir en première ligne
  • Signalement possible à l'Ordre ou syndicat professionnel de l'artisan

Artisan en liquidation judiciaire

  • Déclarez votre créance au mandataire judiciaire dans les 2 mois de la publication au BODACC
  • L'assurance décennale de l'artisan reste mobilisable même après sa liquidation — action directe contre l'assureur possible
  • Si l'artisan était salarié ou sous-traitant d'une entreprise principale, celle-ci peut être solidairement responsable
  • Recours contre le sous-traitant ou le bureau d'études ayant validé les travaux défectueux
  • Expert judiciaire demandé en référé pour figer les désordres et chiffrer le préjudice

Le mot de Maître PRIVAT

La grande majorité des litiges avec des artisans se règle avant le procès — dès réception de la mise en demeure, quand l'artisan comprend que son client est accompagné d'un avocat. Mon conseil : n'attendez pas. Plus vous tardez à formaliser, plus les preuves disparaissent, plus les délais de garantie s'épuisent. Un simple courrier bien rédigé suffit souvent à débloquer la situation. Et si l'artisan persiste, le référé est une procédure rapide — souvent moins de 6 semaines entre l'assignation et l'ordonnance.

7. Questions fréquentes

Malfaçons artisan à Bordeaux ? Agissez maintenant.

Maître Pierre PRIVAT analyse votre dossier, rédige la mise en demeure et vous représente devant le Tribunal judiciaire de Bordeaux. Ne laissez pas vos délais de garantie s'épuiser.

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