Droit Construction

Refus de prise en charge par l'assurance décennale : quels recours contre l'assureur à Bordeaux ?

7 mai 2026
12 min de lecture
Maître Pierre PRIVAT

Vous avez déclaré un sinistre à l'assurance décennale de votre constructeur, et l'assureur refuse de prendre en charge les réparations ? Ce refus, bien que fréquent, n'est pas toujours légal. Entre la contestation de la qualification décennale, l'invocation de la faute du maître d'ouvrage ou le dépassement des délais, l'assureur dispose d'arguments limités. Maître Pierre PRIVAT vous explique comment contester un refus d'indemnisation et obtenir réparation à Bordeaux et en Gironde.

60 j

Délai moyen de réponse de l'assureur après sinistre

Art. L.242-1

Action directe contre l'assureur du responsable

10 ans

Délai pour agir contre l'assureur décennale

Art. L.121-12

Limites de l'opposition de la faute du maître d'ouvrage

1. Pourquoi l'assureur décennale refuse-t-il de prendre en charge votre sinistre ?

Le refus de prise en charge de l'assurance décennale repose sur un nombre restreint de motifs légaux. L'assureur ne peut pas refuser arbitrairement : il doit justifier son refus par écrit en s'appuyant sur des arguments juridiques précis. Voici les 4 motifs les plus fréquemment invoqués — et leur recevabilité réelle.

Le désordre n'est pas décennal

L'assureur argue que le désordre relève d'un défaut de finition, d'un équipement dissociable (biennale) ou d'une usure normale. C'est le refus le plus fréquent. Il repose sur une appréciation technique que vous pouvez contester par expertise. Attention : un désordre apparemment mineur peut cacher une cause structurelle décennale (ex. fissure en façade due à un tassement de fondations).

Dépassement du délai de 10 ans

L'assureur vérifie systématiquement la date de réception de l'ouvrage. Si la déclaration de sinistre intervient plus de 10 ans après réception, le refus est légal et incontestable (art. 1792 C.civ.). Attention : le délai court à compter de la réception, pas de la découverte du désordre.

Faute du maître d'ouvrage 

L'assureur invoque une faute du propriétaire ayant concouru au sinistre : modification non autorisée de la structure, surélévation sans expertise préalable, négligence d'entretien aggravant un désordre. Seule une faute caractérisée, intentionnelle ou dolosive peut exonérer l'assureur. Une simple négligence ne suffit pas.

Déclaration de sinistre tardive

Les conditions générales de l'assurance décennale imposent souvent un délai de déclaration de 10 jours après découverte du sinistre. Si vous avez attendu plusieurs mois avant de déclarer, l'assureur peut refuser en invoquant la aggravation des désordres liée au retard. Ce motif est contestable si le retard n'a pas aggravé le dommage.

2. Vérifier la légalité du refus : la checklist indispensable

Avant de contester le refus de l'assureur, vérifiez méthodiquement chaque argument qu'il invoque. Un refus mal fondé est une erreur de l'assureur que vous pouvez exploiter pour obtenir une condamnation rapide.

Vérifiez ces 5 points avant de réagir

1

La date de réception de l'ouvrage est-elle bien postérieure de plus de 10 ans ?

Demandez un duplicata du procès-verbal de réception. Si l'ouvrage n'a jamais été réceptionné, le délai court à compter de la première occupation, si réception tacite.

2

Le désordre est-il vraiment hors champ de la décennale ?

Consultez un expert bâtiment (COPREC, SYCODES) pour qualifier technique le désordre. Une fissure en façade peut masquer un tassement de fondations — clairement décennal.

3

L'attestation d'assurance décennale couvre-t-elle bien la période des travaux ?

Vérifiez que l'attestation couvre la période de construction et que le contrat était en vigueur au moment des travaux. Si le constructeur a changé d'assureur, cherchez l'assureur en cours au moment des travaux.

4

La faute invoquée par l'assureur est-elle caractérisée ?

Une simple négligence d'entretien ou un aménagement léger ne constituent pas une faute exonératoire. Il faut une faute grave, intentionnelle ou dolosive (modification structurelle sans autorisation, surélévation sans étude).

5

Avez-vous respecté le délai de déclaration des conditions générales ?

Si le délai de 10 jours était impraticable (désordre caché dans les murs), l'assureur ne peut pas refuser sur ce seul fondement sans prouver que le retard a aggravé le dommage.

3. Les recours amiables avant d'assigner l'assureur

Avant d'engager une procédure judiciaire coûteuse, explorez les voies amiables. Elles peuvent aboutir en quelques semaines et éviter les frais d'avocat et d'expertise.

A

Relance formelle par LRAR avec expertise privée

Adressez une seconde LRAR à l'assureur en joignant un rapport d'expert privé qualifiant le désordre comme décennal et chiffrant les réparations. Cette démonstration technique et chiffrée force l'assureur à reconsidérer son refus ou à justifier davantage son positionnement.

B

Médiation de l'assurance (France Assureurs)

Si l'assureur persiste dans son refus, saisissez le service de médiation de l'assurance ( France Assureurs ) dans un délai de 1 an à compter du refus écrit. La médiation est gratuite, rapide (3 mois) et aboutit dans 70 % des cas à une solution amiable.

4. L'assignation directe de l'assureur décennale

Lorsque les recours amiables échouent, la procédure judiciaire reste l'outil le plus efficace. Grâce à l'action directe prévue par l'article L. 242-1 du Code des assurances, vous pouvez assigner l'assureur sans attendre une condamnation préalable du constructeur.

1
Référé expertise pour qualifier le sinistre : Si l'assureur conteste la qualification décennale, votre avocat saisit le juge des référés du tribunal judiciaire de Bordeaux d'une demande d'expertise. Le juge désigne un expert judiciaire indépendant qui qualifie le désordre et chiffre les réparations. Ce rapport fait foi.
2
Assignation en référé provision pour obtenir un acompte : Pendant la procédure au fond (qui peut durer 12 à 24 mois), vous pouvez solliciter une provision via le référé provision. Le juge accorde une provision si l'existence du sinistre et sa qualification décennale ne sont pas sérieusement contestables. Montant courant : 30 à 50 % du préjudice chiffré.
3
Assignation au fond pour condamnation définitive : Sur la base du rapport d'expert judiciaire, votre avocat assigne l'assureur décennale en paiement du coût des travaux, du préjudice de jouissance et des frais d'expertise. L'assureur est condamné à réparer l'intégralité du dommage couvert par la garantie décennale, dans la limite des plafonds du contrat.
4
Recours en responsabilité contre le constructeur si l'assureur est en défaut de couverture : Si l'assureur invoque un manque de couverture (plafond atteint, exclusion de garantie), votre avocat assigne le constructeur en responsabilité personnelle pour le solde non couvert par l'assurance. Le constructeur reste personnellement tenu même s'il est en redressement judiciaire (sauf liquidation définitive).

5. Spécificités en cas de constructeur en défaillance

Lorsque le constructeur est en redressement judiciaire ou en liquidation, l'assureur décennale reste le seul interlocuteur solvable. Mais l'assureur peut alors être plus agressif dans ses refus, espérant que la victime renonce faute de ressources.

Pièges à éviter

  • Ne pas déclarer le sinistre à l'assureur en pensant que la liquidation du constructeur clôt tout
  • Accepter un « geste commercial » de l'assureur sans vérifier qu'il couvre l'intégralité du préjudice
  • Signer une mainlevée de recours contre l'assureur sans avocat
  • Attendre la fin de la procédure de redressement du constructeur avant d'agir contre l'assureur

Bons réflexes

  • Déclarer le sinistre immédiatement à l'assureur avec l'attestation d'assurance en annexe
  • Demander à l'assureur une attestation de couverture précise (plafonds, franchises, exclusions)
  • Saisir l'assureur en référé expertise dès le refus pour bloquer les délais
  • Vérifier si une GFA ou garantie de remboursement VEFA couvre aussi le sinistre (cumul possible)

Le mot de Maître PRIVAT

En Gironde, je constate régulièrement que les assureurs décennaux refusent systématiquement la première déclaration de sinistre, espérant que le propriétaire renonce. C'est une stratégie commerciale, pas une décision juridique. Ne vous découragez pas : un refus mal argumenté est souvent un refus qui tombe devant le juge. Le rapport d'expert judiciaire est la clé. Et n'oubliez jamais : vous disposez de l'action directe contre l'assureur — vous n'avez pas besoin d'attendre que le constructeur soit condamné au préalable.

6. Questions fréquentes

L'assureur décennale refuse d'indemniser vos malfaçons à Bordeaux ?

Maître Pierre PRIVAT analyse le refus de votre assureur, qualifie les désordres par expertise et engage l'action directe pour obtenir réparation. Ne laissez pas un refus arbitraire bloquer vos travaux de réparation.

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