Retard de livraison VEFA : comment obtenir une indemnisation ?
VEFA & CCMI

Retard de livraison VEFA : comment obtenir une indemnisation ?

10 janvier 2026
10 min de lecture

Le retard de livraison en VEFA (Vente en l'État Futur d'Achèvement) ou en CCMI (Contrat de Construction de Maison Individuelle) est une situation fréquente qui peut engendrer des conséquences financières et personnelles importantes pour l'acquéreur.

Que vous ayez acheté un appartement sur plan à Bordeaux ou fait construire une maison individuelle en Gironde, vous disposez de droits spécifiques pour obtenir une indemnisation ou des pénalités de retard. Ce guide complet vous explique comment faire valoir vos droits et obtenir réparation.

Les mécanismes d'indemnisation diffèrent selon que vous êtes en VEFA ou en CCMI.

I. Comprendre le retard de livraison en VEFA et CCMI

1Qu'est-ce qu'un retard de livraison en VEFA ?

En VEFA, le retard de livraison se caractérise par le dépassement de la date contractuelle fixée dans l'acte authentique de vente. Cette date correspond au moment où le promoteur doit remettre les clés à l'acquéreur, après achèvement complet des travaux.

Exemple : Si votre contrat prévoit une livraison au 31 décembre 2025 et que le promoteur vous remet les clés le 15 mars 2026, vous subissez un retard de 74 jours.

Le contrat de VEFA doit obligatoirement mentionner une date limite de livraison ou un délai maximum. À défaut, le promoteur s'expose à des sanctions.

2Qu'est-ce qu'un retard de livraison en CCMI ?

En CCMI, le retard de livraison intervient lorsque le délai d'exécution des travaux fixé dans le contrat est dépassé. Ce délai court à compter de l'ouverture du chantier jusqu'à la réception des travaux.

Délai contractuel

Le CCMI fixe un délai précis d'exécution (exemple : 12 mois à compter de l'ouverture du chantier).

Pénalités automatiques

En cas de dépassement, des pénalités de retard s'appliquent automatiquement, sans mise en demeure.

Le CCMI est un contrat très protecteur pour le maître d'ouvrage : les pénalités de retard sont d'ordre public et ne peuvent être supprimées par une clause contractuelle.

3Différences clés entre VEFA et CCMI concernant les retards

CritèreVEFACCMI
Nature de l'indemnisationDommages et intérêts (à prouver)Pénalités automatiques
CalculSelon préjudice réelMinimum 1/3000e par jour
Mise en demeureRecommandéeNon obligatoire
Preuve du préjudiceObligatoireNon nécessaire
PlafondSelon contrat ou jugeSouvent plafonné (ex: 10%)

II. Les causes légitimes de retard de livraison

Tous les retards ne donnent pas droit à indemnisation. Le promoteur ou le constructeur peut invoquer des causes légitimes qui l'exonèrent de sa responsabilité.

1Causes communes aux deux contrats (VEFA et CCMI)

Force majeure

Événements imprévisibles et irrésistibles : catastrophes naturelles, inondations majeures, tempêtes exceptionnelles.

Fait du prince

Modifications réglementaires imprévisibles imposées par l'administration (nouvelles normes, changement de PLU).

Découverte imprévue

Découverte de vestiges archéologiques, pollution des sols non détectable, réseaux enterrés non répertoriés.

Fait de l'acquéreur

Modifications demandées en cours de chantier, retard dans la fourniture de documents, refus d'accès au terrain.

2Causes spécifiques au CCMI

  • Intempéries exceptionnelles : conditions météorologiques rendant impossible la poursuite des travaux (gel prolongé, pluies torrentielles).

  • Défaillance d'un sous-traitant : si le constructeur prouve qu'il a tout mis en œuvre pour pallier cette défaillance.

  • Grèves généralisées : mouvements sociaux affectant l'ensemble du secteur du bâtiment.

3Causes spécifiques à la VEFA

  • Retard dans l'obtention du permis de construire : si le promoteur démontre avoir effectué toutes les démarches dans les délais.

  • Recours de tiers contre le permis : contentieux administratif bloquant le démarrage des travaux.

  • Difficultés de financement du programme : dans certains cas très limités et sous conditions strictes.

4Le COVID-19 comme motif de retard en 2026

Position actuelle en 2026

En 2026, le COVID-19 ne constitue plus un motif légitime de retard de manière générale. Les tribunaux considèrent que :

  • La pandémie était prévisible pour les contrats signés après 2020
  • Les professionnels ont eu le temps de s'adapter et d'intégrer ce risque
  • Les mesures sanitaires ne sont plus de nature à bloquer les chantiers

Exception : Des circonstances très particulières et démontrées pourraient encore être invoquées, mais la charge de la preuve pèse lourdement sur le professionnel.

III. Indemnisation du retard de livraison : vos droits

1Le droit à indemnisation en VEFA

En VEFA, l'indemnisation du retard de livraison repose sur le droit commun de la responsabilité contractuelle. L'acquéreur doit démontrer :

Le retard

Dépassement de la date contractuelle de livraison

Le préjudice

Dommages subis du fait du retard (financiers, moraux)

Le lien causal

Lien direct entre le retard et le préjudice subi

Important : Contrairement au CCMI, il n'existe pas de pénalités automatiques en VEFA. L'acquéreur doit prouver son préjudice avec des justificatifs précis (quittances de loyer, factures, relevés bancaires).

2Le droit aux pénalités de retard en CCMI

Le CCMI prévoit des pénalités de retard automatiques et d'ordre public. Ces pénalités sont dues de plein droit, sans qu'il soit nécessaire de prouver un préjudice.

Taux minimum légal

1/3000e

du prix convenu (TTC) par jour de retard

Protection renforcée :

Le contrat peut prévoir un taux supérieur, mais jamais inférieur à 1/3000e.

Clause nulle :

Toute clause supprimant ou limitant ces pénalités est réputée non écrite.

Plafonnement possible :

Les pénalités peuvent être plafonnées (souvent à 10% du prix), mais ce plafond doit être clairement indiqué.

3Calcul de l'indemnisation ou des pénalités

Exemple VEFA

Prix d'achat

250 000 €

Retard

90 jours

Loyer supplémentaire payé

900 € × 3 mois = 2 700 €

Frais de garde-meubles

450 €

Surcoût crédit (intérêts intercalaires)

600 €

Indemnisation totale

3 750 €

Exemple CCMI

Prix du contrat (TTC)

180 000 €

Retard

60 jours

Taux contractuel

1/3000e par jour

Calcul

180 000 × 60 ÷ 3000

Pénalités automatiques

3 600 €

+ Préjudices complémentaires

Si vous prouvez des dommages supplémentaires (loyer, etc.), vous pouvez les réclamer en plus des pénalités.

4Les préjudices indemnisables en cas de retard

Au-delà des pénalités automatiques (CCMI) ou de l'indemnisation de base (VEFA), vous pouvez réclamer la réparation de préjudices complémentaires :

Préjudices financiers

  • Loyers supplémentaires payés
  • Frais de garde-meubles
  • Surcoûts de crédit (intérêts intercalaires)
  • Frais d'hôtel temporaire
  • Perte de revenus locatifs (si investissement)

Préjudices moraux

  • Stress et anxiété liés à l'incertitude
  • Préjudice d'agrément (impossibilité de profiter du bien)
  • Perturbation de la vie familiale
  • Impossibilité de réaliser un projet de vie
  • Déménagements multiples

Conseil : Conservez tous les justificatifs (quittances, factures, relevés bancaires, certificats médicaux si stress important). Ces documents seront essentiels pour prouver vos préjudices.

IV. Démarches pour obtenir une indemnisation ou des pénalités

1

Vérifier les clauses du contrat (VEFA ou CCMI)

Examinez attentivement votre contrat pour identifier :

  • La date limite de livraison ou le délai d'exécution
  • Les clauses relatives aux pénalités de retard (CCMI)
  • Les conditions d'indemnisation (VEFA)
  • Les cas de force majeure ou d'exonération prévus
2

Rassembler les preuves du retard

Constituez un dossier solide avec :

Contrat signé avec date de livraison
Photos datées du chantier
Échanges avec le promoteur/constructeur
Justificatifs de frais (loyers, stockage)
Relevés bancaires (intérêts crédit)
Calendrier des visites de chantier
3

La mise en demeure : étape cruciale

Envoyez une lettre recommandée avec accusé de réception au promoteur ou constructeur :

Contenu de la mise en demeure :

  • 1.Rappel de la date contractuelle de livraison
  • 2.Constat du retard (nombre de jours)
  • 3.Demande d'explications sur les causes du retard
  • 4.Réclamation des pénalités (CCMI) ou indemnisation (VEFA)
  • 5.Chiffrage précis des préjudices subis
  • 6.Délai de réponse (généralement 15 jours)
  • 7.Mention des recours envisagés en cas de refus

Important : Conservez l'accusé de réception. Cette mise en demeure est indispensable avant toute action judiciaire.

V. Comment se prémunir contre les retards de livraison ?

La meilleure stratégie reste la prévention. Voici comment minimiser les risques de retard dès la signature du contrat.

1. Bien choisir son constructeur ou promoteur

  • Vérifiez la réputation et les références
  • Consultez les avis clients et forums
  • Vérifiez les garanties financières
  • Privilégiez les professionnels établis
  • Demandez des exemples de réalisations

2. Examiner attentivement le contrat

  • Date de livraison précise et réaliste
  • Clauses de pénalités claires (CCMI)
  • Conditions d'indemnisation (VEFA)
  • Cas de force majeure limités
  • Faites relire par un avocat

3. Suivi régulier du chantier

  • Visitez régulièrement le chantier
  • Prenez des photos datées
  • Maintenez le contact avec le professionnel
  • Signalez rapidement les anomalies
  • Conservez tous les échanges écrits

VI. Quand un retard justifie l'annulation du contrat ?

Attention : L'annulation du contrat est une mesure exceptionnelle qui ne peut être prononcée que dans des cas graves. Elle nécessite une décision de justice.

1Conditions pour annuler une VEFA

L'annulation (résolution) d'un contrat de VEFA peut être demandée si :

Retard excessif

Le retard est tellement important qu'il prive le contrat de son intérêt (exemple : retard de plus d'un an sur un programme de 18 mois).

Changement de situation

Votre situation personnelle a radicalement changé (mutation professionnelle, divorce, naissance) rendant le bien inadapté.

Manquement grave du promoteur

Absence totale de communication, chantier à l'arrêt prolongé, non-respect manifeste des engagements.

2Conséquences d'une annulation

Pour l'acquéreur

  • Restitution de toutes les sommes versées
  • Remboursement des frais de notaire
  • Indemnisation des préjudices subis
  • Libération de l'engagement

Pour le promoteur

  • Obligation de restituer les fonds
  • Paiement de dommages et intérêts
  • Perte du client et de la vente
  • Risque d'atteinte à la réputation

3Annulation d'un CCMI

En CCMI, l'annulation peut intervenir dans des cas similaires, mais avec des spécificités :

Garantie de livraison

Si le constructeur ne peut achever les travaux, le garant de livraison prend le relais pour terminer la construction ou rembourser le maître d'ouvrage.

Abandon de chantier

En cas d'abandon prolongé (plusieurs mois sans activité), vous pouvez demander la résolution du contrat et l'intervention du garant.

Procédure judiciaire

L'annulation doit être prononcée par le tribunal. Le juge apprécie la gravité du manquement et l'impossibilité de poursuivre le contrat.

VII. FAQ - Questions fréquentes

Le délai de livraison est fixé dans le contrat de VEFA. Il n'existe pas de délai légal type, mais le promoteur doit respecter la date contractuelle. En cas de retard, des pénalités peuvent s'appliquer.

En CCMI, les pénalités de retard sont au minimum de 1/3000e du prix du marché par jour de retard. Le contrat peut prévoir un taux supérieur. Ces pénalités sont dues de plein droit, sans mise en demeure préalable.

En 2026, le COVID-19 ne constitue plus un motif légitime de retard, sauf circonstances exceptionnelles démontrées. Les tribunaux examinent au cas par cas l'impact réel et la prévisibilité du retard.

Oui, si le retard est substantiel et rend le contrat sans intérêt pour vous (dépassement de plusieurs mois, changement de situation personnelle). L'annulation doit être demandée au tribunal et nécessite de démontrer un préjudice grave.

Vous pouvez réclamer : loyers supplémentaires payés, frais de garde-meubles, surcoûts de crédit, préjudice moral lié au stress et à l'incertitude. Ces préjudices doivent être prouvés par des justificatifs.

Oui, il est fortement recommandé d'envoyer une mise en demeure au promoteur par lettre recommandée avec accusé de réception. Cela formalise votre réclamation et constitue une preuve en cas de contentieux.

Vous disposez de 5 ans à compter de la livraison effective pour réclamer une indemnisation pour retard de livraison. Toutefois, il est conseillé d'agir rapidement après la constatation du retard.

Vous subissez un retard de livraison ?

Ne restez pas seul face à cette situation. Maître Pierre PRIVAT, avocat spécialisé en droit immobilier et construction à Bordeaux, vous accompagne pour faire valoir vos droits et obtenir l'indemnisation que vous méritez.

Maître Pierre PRIVAT

Maître Pierre PRIVAT

Avocat expert en droit immobilier et droit de la construction à Bordeaux. Expérience dans la défense des acquéreurs et propriétaires.

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